GNOME-shell ou les occasions gâchées

Le sujet commence à être vraiment rebattu, mais j’ai préféré prendre le temps de la réflexion plutôt que de hurler mon indignation à chaud.

Pour moi, le passage à GNOME-shell n’a pas été un choix. J’avais testé sur mon netbook un live-cd d’une alpha de Fedora 15 et j’avais trouvé l’engin élégant mais étais resté perplexe devant ses fonctions. A l’époque, on répondait sur les forums aux utilisateurs inquiets, que tout n’était pas encore finalisé.

Puis un vent de panique a commencé à souffler sur les archlinuxiens en avril avec l’arrivée de GNOME-shell dans testing. Tout le monde commençait à réaliser que la logique de la rolling-release était impitoyable et qu’à moins de bricoler, il faudrait assez vite abandonner GNOME2. Début mai, GNOME2 quitte Archlinux ; après quelques jours d’hésitation, je franchis le pas. Et là, la catastrophe. Ayant lu de virulentes critiques d’utilisateurs très conservateurs, je m’étais promis de l’essayer au moins 15 jours pour lui donner vraiment sa chance. J’aurai tenu une journée, mais j’ai une circonstance atténuante : l’affichage bogue méchamment ; au-delà de 7 ou 8 fenêtres ouvertes, les suivantes apparaissent entièrement noires, à moins de les réduire fortement. Bug dans Xorg ? Insuffisance de ma carte graphique ? Problème de pilote ? Toujours est-il que ça rend l’interface inutilisable pour moi. En revanche, je trouve les fenêtres gtk3 très élégantes, mais je peux en profiter sous openbox sans les inconvénients décrits.

Ne nous dérobons pas cependant. Que penser de GNOME-shell ?

D’un côté l’interface est vraiment innovante, belle et efficace.

D’un autre côté elle souffre de deux défauts pour moi rédhibitoires que sont l’absence de personnalisation possible et l’impossibilité d’utiliser du matériel un tout petit peu ancien. Comme ces deux points sont pour moi indissociables de mon goût pour les distributions Linux, j’ai du mal à considérer que ça ne soit qu’une contrepartie aux avancées graphiques du projet. Après tout enlightenment, openbox ou xfce parviennent aussi à des résultats esthétiquement aboutis sans sacrifier la légèreté. Mais il est vrai qu’avec GNOME-shell, on a l’impression d’entrer dans un autre monde qui ringardise un peu ceux que je viens de nommer.

En même temps, au-delà même des limites techniques évoquées, je reste sceptique sur l’aspect pratique dans le cas de mon desktop. Essayer de dépasser le « J’aime pas » oblige au fond à s’interroger de manière plus générale sur ce qui me plaît et déplaît dans les différentes interfaces graphiques que j’ai pu utiliser. Je peux partir par exemple de ma stupeur lorsque j’entends dire que l’interface graphique de Windows 7 est idéalement conçue ou que KDE est de loin meilleur que GNOME2. Je ne veux pas nourrir quelque troll que ce soit mais expliquer pourquoi j’aimais GNOME2 et détestais Windows XP, par exemple. En gros, je m’aperçois que je ne supporte pas de passer par de nombreux sous-menus pour arriver à lancer ce que je veux. D’autant qu’une erreur d’embranchement oblige souvent à recommencer du début. Ce que j’aime en revanche, c’est avoir le lanceur directement accessible. Sous GNOME2, j’avais donc chargé mon panneau du haut d’un très grand nombre de lanceurs, ce qui n’est plus possible sous GNOME3. J’aimais aussi les trois menus déroulants qui économisaient un niveau (celui qui permet de choisir entre Applications, Raccourcis et Préférences du système), lorsqu’il fallait malgré tout utiliser les menus. Windows ou KDE, en plaçant tout (menu, lanceurs, barre de tâches, zone de notification) sur un seul panneau et à partir d’un seul bouton menu, me paraissaient étouffants. Ces interfaces me semblaient faites pour fonctionner sur les 15 pouces d’autrefois, afin de laisser de la place aux fenêtres ouvertes. Aujourd’hui, ça n’a plus de sens ; autant profiter de la place que nous laissent nos écrans.

A part en utilisant l’outil de recherche où taper le nom de l’appli à lancer, très pratique et bien conçu, GNOME-shell oblige à de nombreuses manipulations à la souris qui me semblent assez absurdes. Mais le paradoxe est qu’il apparaît en revanche tout à fait idéal dans le cas d’une utilisation tactile : mouvements plus que clics, grosses icônes s’étalant sur tout le bureau plutôt que petits menus et sous-menus. Malheureusement, à ma connaissance, aucun projet allant en ce sens n’est actuellement développé. L’outil sera certainement très bon, mais il se trouve pour moi utilisé à contre-emploi. Peut-être peut-on voir dans ce choix des développeurs l’influence d’une idée à mon avis pernicieuse, assez dans l’air du temps, qui voudrait unifier les interfaces graphiques de toute la nébuleuse d’appareils, la plupart mobiles, qui tendent à compléter voire remplacer la tour de bureau. Il est certain que la stratégie longtemps suivie par Microsoft qui voulait mettre son bouton démarrer et ses menus sur tous les appareils mobiles était assez absurde ; le client s’y retrouvait, mais ne s’y plaisait pas. A contrario, je ne suis pas sûr que vouloir imposer à ce stade une interface graphique de tablette pour des postes destinés à la bureautique soit beaucoup plus pertinent.

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